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Obésité, maladie de Crohn… L’espoir des probiotiques

La recherche sur les probiotiques a pris une nouvelle dimension avec la possibilité d’explorer la flore intestinale. Des traitements à base de probiotiques pourraient, dans les prochaines années, contribuer à soigner certaines maladies.

Pour être qualifiés de probiotiques, les micro-organismes doivent transiter au moins jusqu’à l’intestin grêle, voire le côlon, la partie du tube digestif où se trouve l’essentiel de la flore intestinale, rebaptisée « microbiote » par les scientifiques. Les probiotiques interagissent avec les germes présents naturellement.

 

Le microbiote : à quoi sert-il ?

Le tube digestif est colonisé par des micro-organismes dès les premières heures de vie du nourrisson. Dans un premier temps, le microbiote varie d’ailleurs selon que le bébé naît par les voies naturelles (enrichi d’une partie des bactéries de l’intestin et du vagin de la mère) ou par césarienne. D’abord peu diversifié, il évolue en fonction de l’environnement et de l’alimentation. Différent pour chaque individu, il est composé de plus de 1 000 espèces de bactéries. Certaines de ses fonctions restent encore à élucider, mais d’autres ont déjà été identifiées :

- Le microbiote dégrade l’ensemble des résidus alimentaires, en particulier les fibres qui parviennent intactes au niveau du côlon. Si ses fermentations peuvent occasionner la libération de gaz désagréables, elles permettent aussi de régulariser le transit et de produire des composés bénéfiques à la santé.

- Les micro-organismes présents dans le gros intestin produisent de la vitamine K, impliquée dans la coagulation du sang et la bonne santé osseuse, et des vitamines B8 et B12, essentielles à la croissance.

- Le microbiote participe activement aux défenses immunitaires, dont les trois quarts se situent dans le système digestif. Il exerce aussi un effet « barrière » contre des germes dangereux, qui tentent de pénétrer dans l’organisme.

 

Probiotiques : les pistes de recherche

Au stade actuel des recherches, les scientifiques pressentent un lien fort entre profil du microbiote et développement de certaines maladies. Parmi lesquelles :

- Les maladies inflammatoires de l’intestin, maladie de Crohn et rectocolite hémorragique, qui sont probablement des pathologies auto-immunes, c’est-à-dire dans lesquelles le corps produit des anticorps contre ses propres cellules. Leur origine aurait à voir avec des anomalies du microbiote. D’où l’espoir, pour prévenir ces maladies graves, de mettre au point des probiotiques capables de moduler favorablement la composition du microbiote.

- L’obésité et les troubles métaboliques associés (diabète, hypertriglycéridémie…), qui s’expliqueraient, entre autres, par une moindre diversité des micro-organismes intestinaux. Dans une étude menée récemment à l’Institut de cardiométabolisme et nutrition du CHU Pitié-Salpêtrière (Paris), 40 % d’un groupe d’adultes en surpoids avait un microbiote peu diversifié. A la suite d’une perte de poids, tous ont vu leur bilan sanguin amélioré, mais de façon moins spectaculaire pour ceux dont le microbiote comportait moins d’espèces de bactéries.(1) S’il ne faut pas imaginer guérir l’obésité, qui est une maladie multifactorielle, grâce aux probiotiques, on peut penser que des modifications durables des habitudes alimentaires pourraient orienter plus favorablement l’équilibre des espèces bactériennes du microbiote.

- Certains eczémas d’origine allergique, contre lesquels des probiotiques pourraient être prochainement prescrits.

(1) Il s’agit d’une étude du Pr Karine Clément, publiée en 2013 dans la revue Nature.

En savoir plus

Le microbiote, ces bactéries qui nous font du bien, Gérard Corthier et Katrine Leverve, éd. Un K’Noë dans les Cloups (2014).

Quid des probiotiques sur le marché ?

Aliments santé ou arnaques ? Les probiotiques défraient régulièrement la chronique. Cinq questions à Gérard Corthier, directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et spécialiste du microbiote.

- Sur les Laits fermentés  ou les compléments alimentaires, les allégations de santé ont disparu des packagings. Serait-ce la preuve de l’inefficacité des probiotiques ?

Gérard Corthier – Pendant des années, les fabricants de compléments alimentaires et de certains aliments ont discouru sur les vertus supposées de leurs produits, mais celles-ci étaient rarement vérifiées par des études. En 2012, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a entrepris de faire le tri parmi ces allégations pour n’autoriser que celles qui paraissaient fondées. A ce jour, seul le yaourt a été reconnu comme probiotique « facilitant la digestion du lactose ». Mais pour moi, la barre a été mise trop haut par les experts de l’Efsa, qui demandent des études comparables à celles effectuées pour les médicaments. Or ces aliments n’en sont pas, aussi bénéfiques soient-ils pour la santé.

 

- Que penser alors des laits fermentés en vente ?

G.C. – Même si les allégations ne sont plus possibles, certains laits fermentés ont fait l’objet d’études sérieuses dites « en double aveugle contre placebo ». C’est-à-dire avec deux groupes de volontaires, l’un recevant l’aliment étudié, l’autre un placebo, personne ne sachant qui reçoit quoi. Ces études coûtent très cher et quand les industriels se lancent, cela signifie que leurs produits ont fait l’objet d’une longue recherche en amont. Il existe sur le marché au moins deux laits fermentés intéressants, l’un améliorant les temps de transit lents et les ballonnements intestinaux, l’autre renforçant la réponse immunitaire.

 

- Qu’en est-il des laits infantiles enrichis en probiotiques ?

G.C. – En plus d’avoir une composition idéalement adaptée aux besoins du nourrisson, le lait maternel contient des anticorps ainsi que des oligosaccharides (sorte de sucres) fermentes cibles qui favorisent la croissance des bifides au sein du microbiote. Si les laits infantiles ne peuvent fournir des anticorps, ils sont fréquemment enrichis en probiotiques censés aider à prévenir les infections intestinales. Tous ne bénéficient pas encore d’études solides démontrant leur intérêt. Toutefois, la gamme enrichie en bifidus lactis BB12 permet vraiment de réduire l’incidence des diarrhées et de stimuler l’immunité des petits.

 

- Que valent les compléments alimentaires ou les médicaments à base de probiotiques ?

G.C. – Il existe de nombreux compléments alimentaires qui, dans la plupart des cas, ne font l’objet d’aucune étude. C’est pourquoi les allégations figurant sur les boîtes sont désormais très encadrées par l’Efsa. Deux grandes marques commercialisant des probiotiques ont toutefois réalisé quelques études. Elles concernent une spécialité réduisant la durée des syndromes grippaux d’une journée et une autre améliorant le confort digestif. Ces produits sont assez chers. A intérêts sensiblement équivalents, je préfère recommander les laits fermentés, qui ont l’avantage de fournir du calcium ainsi que des protéines et d’être agréables à consommer. Parmi les médicaments, je citerai l’Ultra Levure®, un vieux traitement toujours d’actualité, efficace dans la prévention des diarrhées au cours des traitements antibiotiques.

– Quelle différence y a-t-il entre probiotiques et prébiotiques ?

G.C. – Les prébiotiques sont des fibres fermentes cibles dont la consommation régulière favoriserait le développement de certains micro-organismes au sein du microbiote. Par exemple, des études ont montré que l’inuline, fibre présente dans l’endive, la chicorée et l’artichaut, stimule la croissance des bifides. Comme le microbiote est important pour la santé, on pourrait imaginer consommer certains prébiotiques qui amélioreraient son équilibre et préviendraient certaines maladies. Mais des recherches doivent encore être menées avant d’en arriver là ! Dans l’immédiat, suivons les recommandations de santé publique qui encouragent à un meilleur apport de fibres sous forme de fruits, de légumes et d’aliments céréaliers complets.

En savoir plus

Bonnes bactéries et bonne santé, Gérard Corthier, éd. Quae, 2011.

 

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