Imprimer le dossier

Dossiers Famille

Troubles du comportement alimentaire : comment en sortir ?

A partir de quand s’inquiéter ?

Que signifie le diagnostic de trouble du comportement alimentaire (TCA) ? Cinq questions au Pr Daniel Rigaud, nutritionniste et président de l’association Autrement.

Quels types d’anomalies du comportement alimentaire désigne le terme TCA ?

Pr Daniel Rigaud – Les principaux troubles du comportement alimentaire (TCA) sont l’anorexie mentale, la boulimie et les compulsions. Le grignotage n’est heureusement pas un TCA : manger sans faim une demi-tablette de chocolat lors d’un pic de stress est courant et n’a rien d’alarmant ! Les TCA, quels qu’ils soient, s’accompagnent d’un excès d’investissement sur le poids. Ils se déclenchent la plupart du temps à la suite d’un régime amaigrissant.

 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’anorexie mentale ?

D. R. – Ce trouble se caractérise par une peur irrationnelle de grossir, chez des individus qui sont déjà minces, voire maigres. Il s’accompagne de restrictions alimentaires qui conduisent à un poids beaucoup trop bas. Les personnes anorexiques suppriment de plus en plus d’aliments, en particulier les produits gras, et évitent dans la mesure du possible les repas festifs (en famille, entre amis…). Elles peuvent associer à leur régime de l’hyperactivité physique, considérée comme un garde-fou supplémentaire contre la prise de poids.

 

Quelles différences entre boulimie et compulsions alimentaires ?

D.R. – La boulimie peut être définie par un besoin irrépressible de consommer une grande quantité d’aliments à l’occasion de « crises ». La crise de boulimie a lieu sans faim, sans rassasiement – on s’arrête parce qu’on a mal au ventre ou plus rien à manger – et sans plaisir – on peut manger n’importe quoi. Elle s’accompagne d’une sensation de perte de contrôle et de forte culpabilité. Comme les personnes boulimiques ont très peur de prendre du poids, elles mettent en place diverses stratégies (vomissements, usage abusif de laxatifs, etc.) pour compenser leurs excès. En dehors des crises, elles restreignent leurs apports alimentaires. Les compulsions se distinguent de la boulimie par une recherche de plaisir (on choisit des aliments appréciés) et l’absence de comportement de compensation. Ainsi, tandis que les boulimiques affichent pour la plupart un poids normal, les personnes qui souffrent de compulsions sont en surpoids.

 

Quelle est l’incidence des TCA en France ?

D. R. – Les troubles du comportement alimentaire concernent environ 1 million de personnes en France : 100 000 sont anorexiques, de 200 000 à 300 000 sont boulimiques, entre 400 000 et 500 000 souffrent de compulsions alimentaires. Il s’agit de femmes dans 90 % des cas. L’anorexie mentale commence généralement autour de la puberté, 90 % des femmes concernées sont âgées de 15 à 25 ans. Les compulsions alimentaires s’installent plus tard, passé 25 ans et même 40 ans.

 

Pour l’entourage, quels signes doivent faire penser à un TCA ?

D. R. – Parmi les signes, il y a des variations de poids rapides, à la baisse (anorexie) ou à la hausse (compulsions), des changements dans le comportement alimentaire, des restrictions inhabituelles et la suppression de certaines catégories d’aliments. Un mal-être, de la tristesse, un surinvestissement dans le travail, un renfermement, une réduction des activités en société doivent aussi alerter. Le risque de développer un TCA est 3 à 4 fois plus élevé lorsqu’un membre de la famille est déjà affecté. Les TCA peuvent altérer l’état de santé, l’estime de soi, la qualité des relations familiales, affectives ou professionnelles. Au moindre doute, il faut donc inciter la personne concernée à consulter son médecin traitant.

En savoir plus

L’association Autrement a pour objectif d’aider les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire. www.anorexie-et-boulimie.fr

Le rôle néfaste des régimes

Si les troubles du comportement alimentaire sont plus fréquents en cas de prédisposition génétique, ils peuvent se manifester à l’occasion d’un régime restrictif. Les explications du Dr Gérard Apfeldorfer, psychiatre et président du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (Gros).

 

Nous sommes régulièrement interpellés sur les risques pour la santé de l’obésité. Et incités plusieurs fois dans l’année à suivre un régime amaigrissant. Le danger est là, car nous ne sommes pas tous programmés pour avoir une ligne de haricot vert.

 

A chacun son poids d’équilibre

 

Le poids est génétiquement programmé, tout comme la taille ou la couleur des yeux. « Il peut cependant varier dans une fourchette de quelques kilos (jusqu’à 7) en fonction du mode de vie, et notamment du niveau d’activité physique, explique le Dr Apfeldorfer. Le poids d’équilibre peut aussi se déplacer à la hausse à l’occasion de certains événements tels qu’une grossesse ou à la suite d’un régime amaigrissant. Il faut bien comprendre qu’on ne fait pas ce qu’on veut de son poids et que, pour certaines personnes, le poids d’équilibre est plus élevé que ne le voudraient les normes médicales. » Chercher à maintenir un poids plus bas implique des restrictions alimentaires permanentes qui peuvent engendrer des troubles du comportement alimentaire, avec un « effet yoyo » redoutable.

 

Quand les règles diététiques remplacent les sensations alimentaires

 

Pour maigrir et rester plus mince que programmé, on s’en remet à des règles diététiques, fixées par soi-même en fonction de ses croyances ou par une tierce personne, souvent un professionnel de santé qui croit bien faire. Par exemple : prendre un bon petit-déjeuner, éviter de manger entre les repas, supprimer des aliments jugés trop riches, etc.

 

« Le problème, c’est qu’on n’écoute plus ses sensations de faim, de rassasiement et de satiété. Peu à peu, ces sensations vont se brouiller : on n’éprouve plus la faim qui invite à manger, mais pas davantage le rassasiement qui incite à s’arrêter de manger. Il peut suffire à ce stade d’être exposé à un aliment « interdit » – et à ce titre très attractif – pour en manger plus que de raison (tout en se disant que c’est la dernière fois qu’on en mange) : c’est l’entrée dans les compulsions alimentaires. »

Les TCA liés aux émotions

 

Au lieu d’être dictées par la faim, les prises alimentaires peuvent être stimulées par des émotions : contrariété, stress, impression de ne pas être à la hauteur… « La nourriture consommée en grande quantité peut faire office de régulateur émotionnel. Mais cette stratégie est imparfaite, puisque les accès compulsifs sans contrôle induisent de la culpabilité, laquelle renforce la charge émotionnelle. Les personnes finissent par se mettre au régime, ce qui a pour effet d’aggraver les TCA. » Enfin, les TCA peuvent résulter d’une mauvaise relation au corps, « vécu comme la cause de tous ses malheurs ».

 

Sortir de cette spirale infernale

 

Pour le Dr Apfeldorfer, « la prévention des TCA (et de l’obésité) passe clairement par l’évitement de tout régime ». Une fois les TCA installés, le traitement consiste en la pratique d’exercices qui doivent permettre petit à petit de retrouver les sensations alimentaires ou de ne plus répondre à ses émotions par des prises alimentaires. Par exemple, pour retrouver la sensation de faim, il est proposé de sauter le petit-déjeuner, voire le déjeuner, pendant plusieurs jours, et de ne manger que lorsque la faim se manifeste. Et pour retrouver le rassasiement, de réapprendre à déguster les aliments et d’explorer les sensations qu’ils procurent une fois en bouche.

 

« Ces techniques sont proposées par les professionnels de santé adhérents du GROS. Le travail visant à augmenter la tolérance aux émotions ou à se réconcilier avec son corps peut, quant à lui, être effectué avec la plupart des psychothérapeutes ayant une expérience des TCA. »

 

Si, pour conclure, il ne fallait retenir qu’un seul message, il pourrait se résumer comme suit : « Ne nous laissons pas influencer par la mode de la minceur et restons à l’écoute de nos sensations alimentaires, garantes de la stabilité du poids d’équilibre ».

 

 

Dossiers

  • Tous les dossiers
  • Dossier du mois Famille
  • Dossier du mois
    Après 50 ans

Famille

  • Dossiers
  • Recettes
  • Recettes magiques
  • Besoins alimentaires

Besoins alimentaires

  • Enfants
  • Adolescents
  • Adultes

Recettes

  • Toutes les Recettes
  • Recettes sans se ruiner
  • Menus de la semaine

Après 50 ans

  • Dossiers
  • Recettes
  • Besoins alimentaires

Mais aussi...

  • Tests & Quiz
  • Encyclopédie

©2013 On mange quoi ? Ce service vous est proposé par La Mutuelle Générale.