Imprimer le dossier

Dossiers Famille

Poissons : sauvages ou d’élevage ?

La pêche durable porte ses fruits

Au début des années 2000, les ONG Greenpeace et WWF dénoncent la surexploitation des ressources halieutiques. Quinze ans plus tard, la situation s’est améliorée grâce à la mise en place de la pêche durable.

Le point avec Marie-Joëlle Rochet, chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER).


Comment évolue la consommation de poisson dans le monde ?

Marie-Joëlle Rochet - La demande augmente sans cesse, en lien avec les changements d’habitudes alimentaires que l’on observe dans certains pays dits « émergents » et l’accroissement de la population mondiale. Actuellement, la consommation moyenne de produits aquatiques (poissons et fruits de mer) est estimée à 19 kilos par an et par habitant ; dans les années 1960, elle n’était que de 9 kilos. Pour la France, nous en sommes à 35 kilos par an. La quantité de poissons pêchés n’augmente plus depuis une quinzaine d’années, ce qui implique de trouver un équilibre avec l’aquaculture pour continuer à répondre à la demande.

 

L’état des réserves halieutiques, considéré comme catastrophique au début des années 2000, s’améliore-t-il ?

M-J. R - Selon les chiffres de 2014 de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), 29% des espèces sont surexploitées, contre 75 % en 2000. On estime que 61 % sont bien exploitées, ce qui signifie que le taux de renouvellement est suffisant pour compenser la pêche, que 10 % sont sous-exploitées et, enfin, que pour 29% des espèces, c’est encore trop, mais le bilan évolue dans le bons sens. En ce qui concerne l’Europe, la proportion des espèces surexploitées dans la zone Atlantique nord-est est passée de 95 à un peu moins de 50%. Cette amélioration est le résultat de la Politique Commune des Pêches, mise en place entre 2002 et 2013.

 

Quelles ont été les mesures prises pour rendre la pêche plus durable ?

M-J. R - Tout d’abord, des experts ont réalisé un diagnostic précis pour chaque espèce et chaque lieu de pêche. Les décideurs ont imposé des quotas et, donc, une réduction des sorties des bateaux de pêche. Les pêcheurs ont dû utiliser des engins et des techniques moins agressives, de façon à réduire la mortalité. Par exemple, le maillage des filets a été augmenté, ce qui permet aux plus jeunes poissons (futurs reproducteurs) de s’échapper.

 

Quels sont les poissons sous-exploités qu’il faudrait privilégier ?

M-J. R - On dénombre plusieurs centaines d’espèces de poissons dans les eaux européennes. Pourtant, le consommateur se concentre sur à peine une quinzaine de variétés : cabillaud, saumon, sole, thon… Élargir le choix contribuerait à une exploitation plus équilibrée des ressources marines et permet aussi de faire des économies, puisque les poissons moins recherchés sont moins chers. Parmi les espèces sous-exploitées, on peut citer le sanglier, un petit poisson rouge pêché dans le Golfe de Gascogne, le tacaud, qui ressemble à un cabillaud miniature, le sprat, cousin du hareng, et la roussette (ou saumonette), de la famille du requin. A l’Ifremer, nous venons de publier un livre de recettes pour mettre en valeur ces poissons (et fruits de mer) méconnus.


Certaines espèces dites menacées, comme le cabillaud, sont en fait abondantes dans certains lieux de pêche : comment le savoir ?

M-J. R - Il est vrai que les stocks d’une même espèce de poisson peuvent varier considérablement selon le lieu de pêche. Par exemple, le cabillaud (ou morue) est sur-pêché en mer du Nord alors qu’il est très abondant dans la mer de Norvège. Pour choisir des poissons dont les stocks ne sont pas en danger, vous pouvez vous reporter à la liste « Mr Goodfish », mise à jour chaque saison, par des experts des ressources marines et du réseau Océan Mondial. Vous retrouverez la sélection « Mr Goodfish » chez certains poissonniers et restaurateurs.

Mitonnez la mer, 30 recettes pour une pêche durable, ouvrage collectif de l’Ifremer, éd. Marines Editions (2016).

Liste des espèces à privilégier sur : www.mrgoodfish.fr

Quid des poissons d’élevage ?

Les Français sont encore réticents à consommer des poissons d’élevage. Que valent ces produits ? Les réponses de Françoise Médale, chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), et d’Hervé Pouliquen, professeur de pharmacie à l’Ecole nationale vétérinaire et agroalimentaire (Oniris) de Nantes.

Les produits issus de l’aquaculture représentent la moitié de la consommation de poissons dans le monde, mais seulement 12% en France. Il existe pourtant près de 700 sites d’élevage dans l’Hexagone, produisant une quinzaine d’espèces (bar, truite, saumon, dorade, turbot, sole, sandre…). Ce mode de production semble incontournable pour répondre à la demande croissante et compenser la diminution des stocks de certaines espèces, à l’instar du saumon.

 

Les conditions d’élevage

Parmi les craintes des consommateurs, on évoque le risque de maladies liées à la concentration des poissons dans un élevage. « Ce risque existe, mais il faut savoir que les poissons d’élevage sont vaccinés contre plusieurs maladies virales et bactériennes. Ils reçoivent aussi des antibiotiques, comme c’est le cas pour tous les animaux issus d’élevage intensif », souligne Hervé Pouliquen. Pour limiter toutefois l’usage des antibiotiques, la tendance est à la métaphylactique. « On surveille les poissons et on ne donne des médicaments qu’à partir du moment où certains d’entre eux présentent divers symptômes », explique Hervé Pouliquen. Rappelons que selon la réglementation européenne, les poissons qui ont reçu un traitement antibiotique ne peuvent pas être prélevés pour la consommation humaine avant un délai de deux semaines. Des contrôles recherchant des résidus d’antibiotiques sont effectués régulièrement par la Direction Générale de la Santé (DGS). « Enfin, pour rassurer ceux qui craignent d’ingérer des antibiotiques cachés, il faut savoir que ces molécules sont totalement inhibées par la chaleur et, donc, la cuisson », ajoute Hervé Pouliquen.

 

Autre réserve : l’élevage épuise les ressources halieutiques dès lors que, pour nourrir les poissons prédateurs, il faut pêcher d’autres poissons plus petits. Mais, là encore, les choses évoluent, car leur ration est à 70% d’origine végétale, contre 10% dans les années 1990.

 

Des apports nutritionnels variables

Les poissons d’élevage ont-ils la même composition que les poissons sauvages ? Il n’est pas évident de répondre à la question, estime Françoise Médale : « Les espèces ne sont pas forcément identiques. Exemple, les saumons pêchés proviennent essentiellement du Pacifique et appartiennent à l’espèce Oncorhynchus tandis que les saumons élevés ont pour origine l’Atlantique et sont du genre Salmo ».

 

En revanche, sauvages ou d’élevage, les poissons peuvent continuer à être classés parmi les maigres ou les gras. « On admet cependant que les poissons d’élevage, nourris à satiété tout au long de l’année, sont plus gras que les poissons sauvages, obligés de se contenter de la nourriture disponible. L’apport en graisses des poissons sauvages varie davantage avec la période de reproduction, durant laquelle ils perdent de leurs réserves. Ainsi, la teneur en lipides des sardines peut passer de moins de 2 % en février, mars et avril à 18 % en septembre. L’apport en oméga 3 EPA et DHA est proportionnel à la teneur en lipides. Résultat, les poissons d’élevage en sont souvent plus riches. » Seul bémol, ces derniers peuvent aussi contenir davantage d’oméga 6 (dont il ne faut pas abuser), car on introduit des huiles végétales dans leur ration afin de limiter le recours aux farines et huiles de poissons.

 

Que garantissent les labels ?

Certains poissons d’élevage sont commercialisés sous signe ou charte de qualité.

- Les poissons Label Rouge sont garantis pour leur supériorité gustative. Pour qu’ils ne soient pas jugés trop gras par les consommateurs, on sélectionne des espèces à croissance lente et on limite la part des lipides dans leur alimentation.

- Les poissons bio (AB) sont nourris d’aliments bio. Dans un souci de préservation des ressources halieutiques, leur ration comporte au moins 30 % de végétaux. Comme ils ne doivent pas prendre plus de deux traitements médicamenteux dans l’année, on les protège des maladies en limitant leur densité dans les bassins et en renouvelant plus souvent l’eau dans laquelle ils évoluent.

- Les poissons commercialisés sous charte de qualité « Aquaculture de nos régions® » offrent une garantie de fraîcheur, pêchés à la commande et livrés sur les étals dans un délai de 24 à 48 heures.

 

Mais même sans label, les poissons d’élevage sont a priori moins à risque de pollution, puisque leurs eaux sont régulièrement contrôlées.

Françoise Médale a participé à l’élaboration de la table de composition des poissons, « Nutraqua ». À consulter sur : www.nutraqua.com

 

Dossiers

  • Tous les dossiers
  • Dossier du mois Famille
  • Dossier du mois
    Après 50 ans

Famille

  • Dossiers
  • Recettes
  • Recettes magiques
  • Besoins alimentaires

Besoins alimentaires

  • Enfants
  • Adolescents
  • Adultes

Recettes

  • Toutes les Recettes
  • Recettes sans se ruiner
  • Menus de la semaine

Après 50 ans

  • Dossiers
  • Recettes
  • Besoins alimentaires

Mais aussi...

  • Tests & Quiz
  • Encyclopédie

©2013 On mange quoi ? Ce service vous est proposé par La Mutuelle Générale.