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Poissons : sauvages ou d’élevage ?

Quid des poissons d’élevage ?

Les Français sont encore réticents à consommer des poissons d’élevage. Que valent ces produits ? Les réponses de Françoise Médale, chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), et d’Hervé Pouliquen, professeur de pharmacie à l’Ecole nationale vétérinaire et agroalimentaire (Oniris) de Nantes.

Les produits issus de l’aquaculture représentent la moitié de la consommation de poissons dans le monde, mais seulement 12% en France. Il existe pourtant près de 700 sites d’élevage dans l’Hexagone, produisant une quinzaine d’espèces (bar, truite, saumon, dorade, turbot, sole, sandre…). Ce mode de production semble incontournable pour répondre à la demande croissante et compenser la diminution des stocks de certaines espèces, à l’instar du saumon.

 

Les conditions d’élevage

Parmi les craintes des consommateurs, on évoque le risque de maladies liées à la concentration des poissons dans un élevage. « Ce risque existe, mais il faut savoir que les poissons d’élevage sont vaccinés contre plusieurs maladies virales et bactériennes. Ils reçoivent aussi des antibiotiques, comme c’est le cas pour tous les animaux issus d’élevage intensif », souligne Hervé Pouliquen. Pour limiter toutefois l’usage des antibiotiques, la tendance est à la métaphylactique. « On surveille les poissons et on ne donne des médicaments qu’à partir du moment où certains d’entre eux présentent divers symptômes », explique Hervé Pouliquen. Rappelons que selon la réglementation européenne, les poissons qui ont reçu un traitement antibiotique ne peuvent pas être prélevés pour la consommation humaine avant un délai de deux semaines. Des contrôles recherchant des résidus d’antibiotiques sont effectués régulièrement par la Direction Générale de la Santé (DGS). « Enfin, pour rassurer ceux qui craignent d’ingérer des antibiotiques cachés, il faut savoir que ces molécules sont totalement inhibées par la chaleur et, donc, la cuisson », ajoute Hervé Pouliquen.

 

Autre réserve : l’élevage épuise les ressources halieutiques dès lors que, pour nourrir les poissons prédateurs, il faut pêcher d’autres poissons plus petits. Mais, là encore, les choses évoluent, car leur ration est à 70% d’origine végétale, contre 10% dans les années 1990.

 

Des apports nutritionnels variables

Les poissons d’élevage ont-ils la même composition que les poissons sauvages ? Il n’est pas évident de répondre à la question, estime Françoise Médale : « Les espèces ne sont pas forcément identiques. Exemple, les saumons pêchés proviennent essentiellement du Pacifique et appartiennent à l’espèce Oncorhynchus tandis que les saumons élevés ont pour origine l’Atlantique et sont du genre Salmo ».

 

En revanche, sauvages ou d’élevage, les poissons peuvent continuer à être classés parmi les maigres ou les gras. « On admet cependant que les poissons d’élevage, nourris à satiété tout au long de l’année, sont plus gras que les poissons sauvages, obligés de se contenter de la nourriture disponible. L’apport en graisses des poissons sauvages varie davantage avec la période de reproduction, durant laquelle ils perdent de leurs réserves. Ainsi, la teneur en lipides des sardines peut passer de moins de 2 % en février, mars et avril à 18 % en septembre. L’apport en oméga 3 EPA et DHA est proportionnel à la teneur en lipides. Résultat, les poissons d’élevage en sont souvent plus riches. » Seul bémol, ces derniers peuvent aussi contenir davantage d’oméga 6 (dont il ne faut pas abuser), car on introduit des huiles végétales dans leur ration afin de limiter le recours aux farines et huiles de poissons.

 

Que garantissent les labels ?

Certains poissons d’élevage sont commercialisés sous signe ou charte de qualité.

- Les poissons Label Rouge sont garantis pour leur supériorité gustative. Pour qu’ils ne soient pas jugés trop gras par les consommateurs, on sélectionne des espèces à croissance lente et on limite la part des lipides dans leur alimentation.

- Les poissons bio (AB) sont nourris d’aliments bio. Dans un souci de préservation des ressources halieutiques, leur ration comporte au moins 30 % de végétaux. Comme ils ne doivent pas prendre plus de deux traitements médicamenteux dans l’année, on les protège des maladies en limitant leur densité dans les bassins et en renouvelant plus souvent l’eau dans laquelle ils évoluent.

- Les poissons commercialisés sous charte de qualité « Aquaculture de nos régions® » offrent une garantie de fraîcheur, pêchés à la commande et livrés sur les étals dans un délai de 24 à 48 heures.

 

Mais même sans label, les poissons d’élevage sont a priori moins à risque de pollution, puisque leurs eaux sont régulièrement contrôlées.

Françoise Médale a participé à l’élaboration de la table de composition des poissons, « Nutraqua ». À consulter sur : www.nutraqua.com

 

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